L’expérience de l’art aujourd’hui

par amandinetondino

« En réalité, c’est le statut même de l’art dans la société aujourd’hui qui fait problème : marchandisation, spectacularisation, cynisme, etc., en sapent la valeur spécifique. Le phénomène n’est pas particulier à l’art (qu’on pense ici au sport…). Et c’est plutôt miracle, si dans un tel contexte, mondialisé cela va de soi, l’expérience de l’oeuvre d’art comme « enchantement-deuil » est encore susceptible d’advenir. Et si l’art a pu être défini comme expérience (expérience de l’artiste, expérience de celui qui reçoit l’oeuvre, cf. Dewey), notre monde a aussi été considéré, de longue date déjà, comme celui où l’expérience, en tant que telle, n’advenait plus (Agamben après Benjamin, voir ci-dessous). Rareté de l’oeuvre authentique, rareté de l’expérience authentique. Encore ne serait-ce pas tant cette rareté en elle-même qui poserait problème (elle témoignerait en l’occurrence du prix de l’événement), mais son occultation, son oblitération, si ce n’est son empêchement par toutes les formes de rapports, plus ou moins assistés, souvent furtifs ou hâtifs, consuméristes en tous cas, que nous entretenons bon gré mal gré à toutes sortes de choses qui nous sont présentées comme des oeuvres (et qui en sont parfois). Rajoutons simplement que la somme des intérêts extrinsèques en jeu autour de ce qui tient désormais lieu de l’expérience de l’art ne contribue pas à favoriser ce que la véritable expérience de l’oeuvre procure : une modification de notre rapport au monde, voire une salutaire déstabilisation (« fenêtre sur le chaos », pour reprendre le titre du livre de Castoriadis). »

extrait de l’article de Jean-François Py