Joel Peter Witkin : Transcender la mort

par amandinetondino

Comment dépasser, transcender, la mort par l’art, de manière à créer l’enchantement?

Joel Peter Witkin, "The Kiss"

Telle pourrait être l’une des questions suscitées par le photographe Joel Peter Witkin, dont la conscience du « memento mori » a fait irruption bien tôt : « A six ans, j’ai assisté avec ma mère et mon frère à un carambolage impliquant plusieurs voitures à Brooklyn. De l’ombre des véhicules retournés, a roulé vers moi ce que j’ai pris pour un ballon, mais comme il roulait plus près et finissait par s’arrêter contre le trottoir où je me trouvais, j’ai pu voir qu’il s’agissait de la tête d’une petite fille. Cette expérience m’a fait tomber amoureux, non seulement d’elle, mais de la vie en général. Plus tard, lorsque pour la première fois j’ai tenu en main un appareil photo, c’était comme si je tenais la tête de cette petite fille. » raconte le photographe dans une ‘anecdote’ célèbre sur son enfance.

Faire quelque chose de beau avec des êtres considérés laids car atteints d’un handicap physique, ou à partir de matériaux provoquant le dégout tels des morceaux de chair ou de fœtus récupérés à la morgue, tel est l’un des défis de l’artiste. Il nous montre que l’enchantement, davantage à considérer dans le sens d’un phénomène mystique, est possible à travers une représentation crue de la mort. En passant non seulement par la forme : une image soigneusement travaillée autant plastiquement (par des coups de cutter après développement) que dans sa mise en scène, mais aussi par le fond, dans la recherche d’un lien mystique, de la représentation de la mort par le dépassement du deuil.

La Sublimation de la mort créée l’enchantement visuel et mystique.

« Goya et Bosch, mes héros suprêmes, se sont transcendés à travers leur travail. Leur esprit vit toujours dans leurs réalisations. C’est pour moi le véritable but de l’art, mais peu de gens l’ont atteint. Voilà pourquoi je pense que l’art n’est pas fait pour la distraction, ni pour l’amusement, même s’il peut contenir parfois une dimension amusante. L’artiste se doit d’être aussi pur qu’un saint, son rôle est de sublimer notre conscience. La création est comme un acte de purification, une forme de sanctification. »

Joel Peter Witkin, "portrait as vanity"