Laocoon ou le spectateur étreint

par lesespritsexaltesdutd3

Consubstantialité de l’œuvre d’art et du spectateur : tel est le message du Laocoon. C’est en vain que l’on cherche à se libérer du serpent cosmique qui nous étreint, l’enchantement fait que nous partageons cette prison, avec un long soupir d’universel deuil.

 

Consubstantialité lorsque nous regardons l’œuvre : les bras anguiformes semblent à loisir se transsubstantier en serpent et inversement ; Le corps saisi parmi les intrications annelées,  ne semble libre que le visage : ce masque de tragédie grecque ; Si les visages des enfants se tournent vers le père, celui-ci regarde vers le ciel, essais de rétablir un rapport au divin, rapport qu’on sait rompu, la mort de ce contrat entériné par la venue du serpent ; De nombreux critiques ont soulignés cet équilibre entre les masses, équilibre entre la matière et l’âme : cette harmonie provient d’un rapport de force équivalent (et en cela c’est la victoire, la superbe du prêtre : l’enchantement) , ce regard, cette expressivité adressée au ciel rédime entièrement la pesanteur des corps enchevêtrés. Cette confrontation à un infini muet est aussi celle du spectateur, lui aussi pris dans les intrications du réel (« le silence eternel de ces espaces infinis m’effraie »).