Le sublime – Edmund Burke

par eloise06

Caspar David Friedrich The Abbey in the Oakwood 1809-10

Le sublime – Edmund Burke

« Burke entend procéder de manière empirique en observant la naissance des premières émotions. Pour qualifier la façon dont les choses nous affectent, il distingue d’abord le « plaisir positif » suscité par le beau du « délice » (delight) suscité par le sublime. « Plaisir négatif », le délice naît de l’éloignement ou de l’atténuation d’une douleur dont il conserve l’empreinte. Évoquant une « terreur délicieuse » (delightful horror), qui peut confiner à l’« étonnement » en passant par l’admiration ou le respect, Burke indique que le sublime est lié à la conservation de soi (plaisir mêlé de crainte d’avoir échappé à un danger) alors que le beau repose sur l’amour qui, pour lui, relève des liens sociaux et de la perpétuation de l’espèce. Cette dualité fondamentale de nos sentiments esthétiques trace une ligne de partage fragile entre l’état d’apaisement produit par la beauté et la violence du ravissement provoqué par le sublime. » « Concernant le sentiment du sublime, Burke développe, dans la continuité de l’intérêt que porte le xviiie siècle aux grands spectacles de la nature, une esthétique de la soudaineté, de la rudesse, de l’obscurité et de la grandeur. Après Shaftesbury, Addisonet Baillie, il évoque le « sublime naturel » des lieux sauvages et déserts qui conduira à la multiplication des océans, des tempêtes et des avalanches en peinture, de Joseph Vernet à P. J. de Loutherbourg. La nature sublime relève aussi d’un mélange d’infini spatial et temporel suscité par la vue des monolithes, des pyramides ou des ruines qu’affectionneront Hubert Robert ou Caspar David Friedrich. » « En transférant progressivement le sublime de l’objet au sujet qui le regarde, Burke ouvre la possibilité d’un art toujours en excès à l’égard du champ esthétique, un art du débordement qui fait du sujet
l’agent même du sublime. »

 Caspar David Friedrich, Winter Landscape with Church, 1811