Enchantement Deuil

Reflexions sur l’apport des ressources numériques

by amandinetondino

Avec l’expérience de ce blog, nous avons pu étudier le concept de l’Enchantement-Deuil à travers le prisme des ressources numériques. Nous avons ainsi pu ainsi découvrir ou mieux exploiter de nombreux outils proposant un contenu souvent de qualité tels google-scholar, cairn ou encore la base Joconde. Internet, a pu devenir plus qu’un complément, une véritable base de recherche comparable à la place que tenaient pour nous les manuels. Nous avons pu avoir accès autant à des sites vulgarisés sur des artistes, qu’à des écrits scientifiques, de doctorants par exemple, parfois inexistants sur support papier.

Néanmoins, l’outil eut des limites : si nous avons pu par exemple découvrir des articles scientifiques sur Castoriadis, il fut difficile d’en trouver un traitant spécifiquement de l’enchantement-Deuil, concept qu’il aurait été plus simple de traiter en y ajoutant l’appui des ses ouvrages, non trouvables gratuitement sur le Net.

La création d’un blog sur la plateforme wordpress nous a également beaucoup appris : sur l’interret de rendre nos travaux accessibles au plus grand nombre et sur la valeur d’un travail collaboratif que nous avons tenté de faire naitre par notre tentative de création  d’un forum concernant l’Enchantement-Deuil. L’outil informatique nous permet ainsi, plus que d’alimenter nos recherches, de changer notre rapport au monde. Il est désormais plus simple, via des outils tels que googlegroups de travailler ensemble : cela est majeur pour la recherche car diverses approches, points de vue divers et pluridisciplinaires permettent de la faire évoluer, d’éviter l’enfermement du chercheur dans sa bibliothèque et aussi l’erreur induite par un travail fermé, replié sur lui même.

Concernant la modification de nos « habitus » par les digital humanities, je vous conseille d’ailleurs la conférence de Doueihi sur l’humanisme numérique

 

L’expérience de l’art aujourd’hui

by amandinetondino

« En réalité, c’est le statut même de l’art dans la société aujourd’hui qui fait problème : marchandisation, spectacularisation, cynisme, etc., en sapent la valeur spécifique. Le phénomène n’est pas particulier à l’art (qu’on pense ici au sport…). Et c’est plutôt miracle, si dans un tel contexte, mondialisé cela va de soi, l’expérience de l’oeuvre d’art comme « enchantement-deuil » est encore susceptible d’advenir. Et si l’art a pu être défini comme expérience (expérience de l’artiste, expérience de celui qui reçoit l’oeuvre, cf. Dewey), notre monde a aussi été considéré, de longue date déjà, comme celui où l’expérience, en tant que telle, n’advenait plus (Agamben après Benjamin, voir ci-dessous). Rareté de l’oeuvre authentique, rareté de l’expérience authentique. Encore ne serait-ce pas tant cette rareté en elle-même qui poserait problème (elle témoignerait en l’occurrence du prix de l’événement), mais son occultation, son oblitération, si ce n’est son empêchement par toutes les formes de rapports, plus ou moins assistés, souvent furtifs ou hâtifs, consuméristes en tous cas, que nous entretenons bon gré mal gré à toutes sortes de choses qui nous sont présentées comme des oeuvres (et qui en sont parfois). Rajoutons simplement que la somme des intérêts extrinsèques en jeu autour de ce qui tient désormais lieu de l’expérience de l’art ne contribue pas à favoriser ce que la véritable expérience de l’oeuvre procure : une modification de notre rapport au monde, voire une salutaire déstabilisation (« fenêtre sur le chaos », pour reprendre le titre du livre de Castoriadis). »

extrait de l’article de Jean-François Py

Etude d’un article scientifique : Freud, Castoriadis, l’intellect et l’imaginaire

by amandinetondino

A la supériorité de l’intellect sur l’imaginaire, développée en psychanalyse par Freud notamment, divers auteurs choisissent de valoriser ce dernier.

L’article de Jacques Natanson, « Le rêve éveillé, la psychanalyse et l’imaginaire dans la culture occidentale », accessible via Cairn, propose une analyse étoffée des propos de Freud, et plus légère de ceux Bachelard ou encore Sartre que nous ne détaillerons pas ici, au profit de sa réflexion sur Castoriadis, le philosophe, sociologue et psychanalyste à l’origine du concept de l’Enchantement-Deuil. Castoriadis, loin de dévaloriser l’imaginaire,  ou encore de réduire le rôle de l’image au profit du réel, voit toute représentation comme une représentation de soi liée à un plaisir irréalisable car narcissique. Donc, pour le réaliser, l’altérité, l’autre est primordial mais peut avoir une influence bénéfique ou inversement maléfique. Dans un monde, tel que le notre selon Castoriadis, où l’autre est dénué de puissance imaginaire, elle sera mauvaise alors que dans un système avec des institutions raisonnées (je ne détaillerai pas ce propos, détaillé sur un autre article de Matuccelli : Cairn) elle sera bonne.

On retrouve ici l’ambivalence du propos de Castoriadis qui joue avec les oppositions, comme au sein du concept d’Enchantement-Deuil : A l’image du « pharmakon », à la fois poison et remède pour les grecs antiques, il porte en lui oppositions, contradictions.

Un forum sur l’Enchantement-Deuil, dans le but de faire avancer notre réflexion !

par amandinetondino

Vos idées sont les bienvenues !

FORUM

Dead Can Dance

by eloise06

Lisa Gerrard et Brendan Perry, les deux membres fondateurs de DCD

Dead can dance est un groupe de musique fondé par Lisa Gerrard et Brendan Perry en 1981 à Melbourne.

Les deux membres fondateurs ont développé leur propre univers, évoluant de la cold wave originelle vers des musiques d’inspiration liturgiques et médiévales aux sonorités incantatoires voire magiques, avant d’aboutir à une musique plus folklorique aux emprunts nord-africains, sud-américains ou asiatiques.

Ce groupe, aux aspirations diverses et mondialement connu entre directement dans notre concept d’enchantement-deuil. En effet, DCD (compression révélatrice du nom du groupe) a suivi une carrière ne pouvant être classée dans aucuns genres précis, voguant entre des thèmes et des sonorités tour à tour gothiques, abordant la mort, des thèmes liturgiques, invoquant des rituels et le monde médiéval et enfin des sonorités du monde, célébrant la vie et la nature. Nous pouvons en cela affirmer que ce groupe a abordé les deux entités de notre concept: l’enchantement et le deuil. Ces deux antipodes faisant partis de la vie elle-même, de son paradoxe et de sa dualité,  le groupe les a tous les deux encensés et mis en musique agréablement.

Leurs albums peuvent chacun témoigner de la présence à la fois du mortuaire, du deuil, et de l’enchantement, de la foi en l’homme et en sa révélation. Ainsi, les chansons portent des noms reprenant le thème de l’ascension et de la chute, des thèmes baudelairiens (leur album Spleen and Ideal fait référence au texte éponyme du poète), ainsi que des thèmes liés à la nature, notre retour aux sources. Le groupe a le mérite de nous faire voyager tour à tour au centre de la terre, dans notre tombeau, tout en nous faisant aspirer à la vie, à l’enchantement de l’homme par la nature.

la voix de la chanteuse Lisa Gerrard sert directement cette cause. L’artiste, pouvant aller des sons les plus aigus aux sons les plus graves, joue sur cette dualité pour créer des atmosphères dignes de l’enchantement et du deuil. La musique se part alors d’un voile cristallin évoquant la vie et la magie, ou bien d’un voile sombre et grave, évoquant les sous-baissements de la terre et ses méandres.

Quelques liens sur le groupe:

DCD sur scène

L’art selon Nietzsche

by amandinetondino

Nietzsche

« L’art doit avant tout embellir la vie, donc nous rendre nous-mêmes tolérables aux autres et agréables si  possible : ayant cette tâche en vue, il modère et nous tient en brides, crée des formes de civilité, lie ceux dont l’éducation n’est pas faite à des lois de convenance, de propreté, de politesse, leur apprend à parler et à se taire au bon moment.
De plus, l’art doit dissimuler ou réinterpréter tout ce qui est laid, ces choses pénibles, épouvantables et dégoûtantes qui, malgré tout les efforts, à cause des origines de la nature humaine, viendront toujours de nouveau à la surface : il doit agir ainsi surtout pour ce qui en est des passions, des douleurs de l’âme et des craintes, et faire transparaître, dans la laideur inévitable ou insurmontable, son côté significatif.
Après cette tâche de l’art, dont la grandeur va jusqu’à l’énormité, l’art que l’on appelle véritable, l’art des œuvres d’art, n’est qu’accessoire. L’homme qui sent en lui un excédent de ces forces qui embellissent, cachent, transforment, finira par chercher, à s’alléger de cet excédent par l’œuvre d’art ; dans certaines circonstances, c’est tout un peuple qui agira ainsi.
Mais on a l’habitude, aujourd’hui, de commencer l’art par la fin ; on se suspend à sa queue, avec l’idée que l’art des oeuvres d’art est le principal et que c’est en partant de cet art que la vie doit être améliorée et transformée. Fous que nous sommes !  Si nous commençons le repas par le dessert, goûtant à un plat sucré après l’autre, quoi d’étonnant su nous nous gâtons l’estomac et même l’appétit pour le bon festin, fortifiant et nourrissant , à quoi l’art nous convie. »

Nietzsche
Humain, trop humain
Mercure de France, p109

« La vocation de l’art est de magnifier la vie, de découvrir en elle  fécondité et  grâce, de  l’assumer , et d’une certaine manière, de la diviniser .  Il n’y a pas besoin, pour cela,  de disposer d’un talent spécifique. Surmonter la souffrance, transfigurer la douleur : cette faculté   manifeste une puissance positive  que toute éducation devrait s’efforcer d’encourager. Pour Nietzsche, comme pour Schiller, la beauté est libératrice. » source

La conception Nietzschéenne de l’art est une transcendance, un dépassement de la laideur qui crée ainsi l’œuvre, propre à enchanter par définition, même si ce terme n’est pas utilisé par Nietzsche. Être artiste c’est aussi une manière d’accéder à la condition de Surhomme en faisant deuil de la souffrance, des passions. Faire un Deuil, n’est-ce pas dépasser des moments difficiles ? Et quoi de mieux, pour cela, que de transformer l’émotion en enchantement ?

De plus, le concept d’Enchantement-Deuil serait, selon moi, à rapprocher de la notion du dionysiaque

« Le mot ‘dionysiaque’ exprime un besoin d’unité, un dépassement de la personne, de la banalité quotidienne, de la société, de la réalité, franchissant l’abîme de l’éphémère; l’épanchement d’une âme passionnée et douloureusement débordante en des états de conscience plus indistincts, plus pleins et plus légers; un acquiescement extasié à la propriété générale qu’a la Vie d’être la même sous tous les changements, également puissante, également enivrante; la grande sympathie panthéiste de joie et de souffrance, qui approuve et sanctifie jusqu’aux caractères les plus redoutables et les plus déconcertants de la Vie: l’éternelle volonté de génération, de fécondation, de Retour: le sentiment d’unité embrassant la nécessité de la création et celle de la destruction » (Nietzsche, traduction Quinot). Source

L’œuvre d’art se vit, se ressent comme Dionysos aurait pu lui même Vivre et ressentir ses arrosés banquets. Souvenons-nous de Castoriadis : l’art nous frappe au delà d’une attitude de compréhension ou d’élucidation.

Sarachmet

by eloise06

Sarachmet (de son vrai nom Malgorzata Maj) , est une photographe polonaise née en 1980. Son travail évolue autour de la figure féminine, centre de toutes ses recherches esthétiques. L’artiste apprécie tout particulièrement le romantisme, l’art médiéval, la mythologie ainsi que le mouvement préraphaélite dont elle s’inspire largement.

Son travail entre dans le concept d’enchantement-deuil par les sujets traités ainsi que l’opposition constante entre la vie et la mort, l’enchantement et le deuil présente dans ses photographies. Ainsi, l’artiste alterne les clichés très colorés, vifs et joyeux, au plus près de la nature (afin d’évoquer l’enchantement auquel l’homme peut accéder au cours de sa vie), avec des clichés plus spectraux, évoquant directement la mort et donc l’impossibilité de l’homme d’aller contre sa nature de mortel. Les femmes sont les sujets de prédilection de la photographe, qui aime leur délicatesse et la beauté de leurs traits. Les personnages sont souvent seuls,  perdus dans une sorte de chaos mortuaire ou bien égayés par la couleur et animés dans leurs mouvements, ce qui retranscrit la vie.

Quelques liens sur cette photographe:

Violet Voice – Come Heavy Sleep

Camomille

Joel Peter Witkin : Transcender la mort

by amandinetondino

Comment dépasser, transcender, la mort par l’art, de manière à créer l’enchantement?

Joel Peter Witkin, "The Kiss"

Telle pourrait être l’une des questions suscitées par le photographe Joel Peter Witkin, dont la conscience du « memento mori » a fait irruption bien tôt : « A six ans, j’ai assisté avec ma mère et mon frère à un carambolage impliquant plusieurs voitures à Brooklyn. De l’ombre des véhicules retournés, a roulé vers moi ce que j’ai pris pour un ballon, mais comme il roulait plus près et finissait par s’arrêter contre le trottoir où je me trouvais, j’ai pu voir qu’il s’agissait de la tête d’une petite fille. Cette expérience m’a fait tomber amoureux, non seulement d’elle, mais de la vie en général. Plus tard, lorsque pour la première fois j’ai tenu en main un appareil photo, c’était comme si je tenais la tête de cette petite fille. » raconte le photographe dans une ‘anecdote’ célèbre sur son enfance.

Faire quelque chose de beau avec des êtres considérés laids car atteints d’un handicap physique, ou à partir de matériaux provoquant le dégout tels des morceaux de chair ou de fœtus récupérés à la morgue, tel est l’un des défis de l’artiste. Il nous montre que l’enchantement, davantage à considérer dans le sens d’un phénomène mystique, est possible à travers une représentation crue de la mort. En passant non seulement par la forme : une image soigneusement travaillée autant plastiquement (par des coups de cutter après développement) que dans sa mise en scène, mais aussi par le fond, dans la recherche d’un lien mystique, de la représentation de la mort par le dépassement du deuil.

La Sublimation de la mort créée l’enchantement visuel et mystique.

« Goya et Bosch, mes héros suprêmes, se sont transcendés à travers leur travail. Leur esprit vit toujours dans leurs réalisations. C’est pour moi le véritable but de l’art, mais peu de gens l’ont atteint. Voilà pourquoi je pense que l’art n’est pas fait pour la distraction, ni pour l’amusement, même s’il peut contenir parfois une dimension amusante. L’artiste se doit d’être aussi pur qu’un saint, son rôle est de sublimer notre conscience. La création est comme un acte de purification, une forme de sanctification. »

Joel Peter Witkin, "portrait as vanity"

Endymion et l’Enchantement Deuil

by amandinetondino

La nouvelle bannière de notre blog, dédiée à un Endymion de Watts m’incite à consacrer un article sur ce mythe, absolument représentatif de l’entremêlement du Deuil et Enchantement.

Le mythe d’Endymion tire sa source de l’Antiquité Grecque. Endymion était un berger d’une très grande beauté dont Diane Sélénée, autrement dit la Lune même, tomba éperdument amoureuse. Selon une première version, la déesse, désirant que le jeune éphèbe conserve éternellement sa beauté, demanda à Zeus de le plonger dans un sommeil éternel. Selon une variante, c’est Endymion lui même qui désira être endormi à jamais pour éviter la mort. Selon une autre, Zeus le punit pour l’avoir trompé avec Héra. En tout cas, la belle Lune ne manquait pas, chaque soir, d’aller déposer de tendres baisers sur les joues d’Endymion.

sources :

L’Enchantement de l’amour est puissant, « Le miracle de l’amour, c’est de resserrer le monde autour d’un être qui vous enchante » selon Pascal Bruckner, au point que c’est une déesse qui est enchantée par un mortel, premier paradoxe.De plus, le sommeil porte une dimension double, référant à la fois à la vie éternelle et à la mort .  Homère écrivit « le sommeil et la mort sont des frères jumeaux », se référant au mythe selon lequel Hypnos serait frère de Thanatos, mettant en valeur leur lien puissant mais leur dissociation. Ce mythe peut être associé à une iconographie mortuaire, comme c’est le cas sur le sarcophage antique représentant la légende de Sélénée et Endymion découvert au XIXe siècle à Saint-Médard d’Eyrans et aujourd’hui conservé au musée du Louvre. Il fut dans ce cas lié à la mort de deux époux, le but étant de figurer leurs visages à la place de ceux d’Endymion et de Sélénée, mais aussi à la survie de leur âme dont le sarcophage devait produire l’intercession auprès des dieux.

Ainsi, ce mythe aux visées complexes interroge les liens entre amour-enchantement et deuil-vie éternelle. Tout comme le concept de l’Enchantement-Deuil, il se propose comme une piste à la réflexion sur les paradoxes en art, et humains.

Je vous encourage donc à vous enrichir par la consultation de ces quelques sites :

« Réduit à un mince trait sinueux, il est déjà une frontière et un chemin. »

by lesespritsexaltesdutd3

Cette phrase de Focillon ( « Vie des formes » Puf.p27) dessine l’ambigüité de ce monde négatif qui survient entre nous et l’œuvre d’art, cet Enchantement-Deuil. Lorsque regardant l’œuvre d’art l’Enchantement-Deuil survient nous sommes abolit, et à travers nous notre monde: l’art ennemi du monde. Ce monde produit de l’art, monde artefact qui nous confronte, déréalisant le monde, se projetant en lui nous abjure d’abandonner notre monde, de s’abandonner à l’Enchantement-Deuil. Nous devons faire un choix, reconsidérer notre allégeance : notre monde ou le monde artefact! L’art est alors « une frontière et un chemin » (je corrompt pour ma cause le propos de Focillon qui initialement visait les formes et, dans cette phrase particulière, l’ornement.), « Frontière » car délimitant notre monde fini à l’aune de sa béance infinie, de son devenir; « Chemin » parce que ouverture vers ce monde négatif. L’Enchantement-Deuil est ce choix cornélien entre deux mondes ennemis.